Hellébores : rose de Noël et rose de carême

Hellébores : rose de Noël et rose de carême

En bref : sous le nom d'hellébore se cachent surtout deux plantes. La rose de Noël (Helleborus niger) est blanche, fleurit dès l'hiver et se montre capricieuse. La rose de carême (Helleborus × hybridus), aux couleurs variées, fleurit de la fin de l'hiver au printemps et pousse presque toute seule. Toutes deux aiment la mi-ombre, se plantent de l'automne au printemps et sont toxiques dans toutes leurs parties. Les vieilles feuilles de la rose de carême se coupent en hiver pour limiter les taches foliaires.

Quand tout dort au jardin, les hellébores fleurissent. Leurs fleurs résistent au gel et à la neige, et durent des semaines. Ce sont de vraies plantes de jardin belge : rustiques, faites pour l'ombre des arbres, et même indigènes pour deux espèces. Encore faut-il savoir laquelle on achète, car la rose de Noël et la rose de carême ne demandent pas tout à fait les mêmes soins.

Rose de Noël, rose de carême : deux plantes différentes

La Royal Horticultural Society (RHS) range les hellébores en deux groupes : ceux qui sont faciles à cultiver, dont la rose de carême, l'hellébore de Corse (H. argutifolius) et l'hellébore fétide (H. foetidus), et ceux qui demandent plus de soins, dont la rose de Noël.

Rose de Noël Rose de carême
Nom botanique Helleborus niger Helleborus × hybridus (anciennement vendue comme H. orientalis)
Fleurs Blanches, parfois teintées de rose, en coupe, jusqu'à 8 cm Blanches, roses, pourpres, presque noires, jaunes, souvent tachetées, penchées
Floraison Du cœur de l'hiver au début du printemps ; dès les fêtes pour certaines sélections De la fin de l'hiver au printemps
Vieilles feuilles Avant la floraison, retirer seulement les feuilles abîmées Toutes coupées au ras du sol en hiver
Sol préféré Neutre à calcaire, frais mais bien drainé Riche en matière organique, ni trop sec ni détrempé
Difficulté Plus capricieuse Facile et longévive

Le nom de « rose de Noël » promet souvent plus qu'il ne tient. Sous notre climat, l'espèce botanique fleurit plutôt après les fêtes. Les plantes vendues en fleur pour Noël sont des sélections plus précoces, souvent cultivées sous abri pour avancer leur floraison. La RHS note à propos de l'une d'elles qu'elle est souvent « forcée » pour fleurir plus tôt.

Pas des roses, et pas des pétales

Malgré leurs noms, les hellébores ne sont pas des roses. Ils appartiennent à la famille des Renonculacées, comme les boutons d'or, les anémones du Japon et les ancolies.

Autre surprise : ce que l'on prend pour des pétales sont des sépales, l'enveloppe qui protège le bouton chez la plupart des fleurs. Les vrais pétales sont réduits à de petits cornets qui contiennent le nectar, au centre de la fleur. C'est ce qui explique la longue tenue des fleurs : contrairement à la plupart des pétales, les sépales durent, et restent souvent sur la plante plusieurs mois après la floraison. Une fleur d'hellébore « fanée » peut ainsi rester décorative pendant des semaines.

Ces fleurs d'hiver sont précieuses pour les insectes : la RHS classe de nombreux hellébores parmi les plantes utiles aux pollinisateurs.

Les hellébores sauvages de Belgique

Deux hellébores sont indigènes en Belgique, selon la Nouvelle Flore de la Belgique citée par le Jardin botanique de Meise :

  • l'hellébore fétide (Helleborus foetidus), dont les feuilles très découpées dégagent une odeur désagréable quand on les froisse, avec des grappes de clochettes vert pâle bordées de pourpre ;
  • l'hellébore vert (Helleborus viridis subsp. occidentalis), aux fleurs vert pâle parfumées, dont les feuilles ne passent généralement pas l'hiver.

Leur aire de répartition en Belgique est assez restreinte, et toutes deux s'échappent aussi des jardins. La rose de Noël, elle, est une plante des Alpes : elle est considérée comme une échappée de jardin, localement naturalisée au XIX<sup>e</sup> siècle et avant.

L'hellébore fétide est une excellente plante de jardin pour les coins plus sombres : la RHS indique qu'il préfère une ombre plus profonde que les autres.

Où et quand planter les hellébores

Quand ? De l'automne au printemps, en évitant les mois secs de l'été. Les hellébores sont généralement vendus en fleur, ce qui permet de choisir sa couleur.

Où ? La plupart aiment une ombre légère ou tamisée, avec un peu de soleil, dans un sol ni très sec ni détrempé. L'idéal est le pied d'un arbre ou d'un arbuste caduc : du soleil en hiver, quand ils fleurissent, et de l'ombre en été. La rose de Noël préfère un coin frais et abrité, à mi-ombre, dans une terre qui draine bien : en sol lourd ou mal drainé, plantez-la en butte ou en pot.

Comment ? Selon la RHS :

  1. Plantez au même niveau que dans le pot d'origine : les hellébores n'aiment pas être enterrés trop profondément.
  2. Espacez de 35 à 45 cm, et d'environ 60 cm pour l'hellébore fétide.
  3. Paillez d'au moins 5 cm de matière organique, de la fin de l'automne à la fin de l'hiver, en laissant un espace libre autour de la base des tiges.
  4. Arrosez régulièrement la première année, puis seulement en cas de sécheresse.

Une fois installés, les hellébores n'aiment pas être dérangés : laissez-les former de grosses touffes. En pleine terre, ils ont rarement besoin d'engrais. Un paillis de compost chaque automne suffit.

La rose de Noël achetée en pot pour les fêtes

C'est souvent ainsi qu'on la découvre : un pot en fleur, acheté en décembre pour décorer la table ou le seuil. Quelques règles pour la garder :

  • à l'intérieur, gardez-la au frais et près de la lumière. Une pièce chauffée écourte la floraison ;
  • après la floraison, réhabituez-la progressivement à l'extérieur avant de la planter au jardin, comme le conseille la RHS pour les hellébores forcés ;
  • en pot, utilisez un contenant à peine plus grand et un terreau drainant, et arrosez régulièrement, car il sèche vite. La RHS note que la rose de Noël réussit même mieux en pot permanent, qu'on peut abriter l'hiver.

Pour le reste des plantes de Noël, du poinsettia au houx, voyez nos 15 idées reçues vérifiées sur les plantes de Noël.

Couper les vieilles feuilles : quand et lesquelles

C'est le seul vrai travail d'entretien, et il dépend de l'espèce.

Rose de carême et hybrides : leurs fleurs sortent du sol sur des tiges séparées des feuilles. On peut donc couper toutes les vieilles feuilles au ras du sol en hiver, avant la floraison. Les fleurs sont mieux mises en valeur et, surtout, on limite les taches foliaires, une maladie qui passe des vieilles feuilles aux nouvelles. Le spécialiste Graham Rice, sur le site de la RHS, juge novembre le meilleur moment ; le guide de culture de la RHS parle de la fin de l'hiver ou du début du printemps. En pratique : n'importe quand entre novembre et l'apparition des boutons.

Rose de Noël : la RHS conseille, avant la floraison, de se limiter à retirer les feuilles abîmées ou tachées, puis d'enlever le feuillage fané quand les fleurs apparaissent.

Hellébore de Corse, hellébore fétide : chez ces espèces à tiges feuillées, fleurs et feuilles poussent sur les mêmes tiges. On retire les feuilles malades à l'automne, puis les tiges défleuries et les vieilles feuilles après la floraison, à la fin du printemps.

Portez des gants pour couper les feuilles des hellébores : la RHS signale que la sève irrite la peau. Ne mettez pas les feuilles tachées au compost.

Multiplier : semis spontanés et division

Les roses de carême, l'hellébore de Corse et l'hellébore fétide se ressèment très facilement. Les jeunes plants peuvent rester en place ou être repiqués. Mais les hellébores se croisent entre eux : les semis ne ressemblent pas forcément à leurs parents. Graham Rice conseille même de couper les tiges défleuries avant que les capsules ne s'ouvrent, car les semis tombés au cœur de la touffe donnent souvent des plantes moins belles.

Pour reproduire exactement une variété, il faut diviser la touffe, au début de l'automne ou au printemps juste après la floraison. La RHS précise que les divisions mettent parfois deux ans à bien refleurir, et que l'hellébore de Corse et l'hellébore fétide se divisent mal : mieux vaut les semer.

Maladies : taches foliaires et « mort noire »

Les taches foliaires (Microsphaeropsis hellebori) sont le problème le plus courant : des taches brunes arrondies sur les feuilles et les tiges, favorisées par l'humidité. La RHS précise que la rose de Noël y est particulièrement sensible. Retirez les feuilles touchées dès que vous les voyez.

La « mort noire » est beaucoup plus grave. La plante reste naine, se déforme, et ses feuilles se couvrent de stries et de réseaux noirs le long des nervures. Elle est probablement causée par un virus, le Helleborus net necrosis virus, sans doute transmis par le puceron de l'hellébore, même si la RHS précise que la preuve formelle manque encore. Il n'existe aucun traitement : arrachez et détruisez la plante sans attendre. Selon la RHS, la rose de carême est la plus touchée. À l'achat, refusez toute plante aux feuilles striées de noir.

Toxique de la racine à la fleur

Les hellébores sont des plantes toxiques. La brochure du Jardin botanique de Meise sur les plantes toxiques, réalisée avec le Centre Antipoisons, est sans ambiguïté : chez l'hellébore, la totalité de la plante est très toxique. La RHS signale de son côté que la rose de Noël est nocive en cas d'ingestion et irritante pour la peau, pour les humains comme pour les animaux.

Les hellébores contiennent notamment des bufadiénolides, des composés qui agissent sur le cœur, et de la protoanémonine, une substance irritante commune à beaucoup de Renonculacées. Chez le chien et le chat, l'association américaine ASPCA cite comme signes de l'intoxication la salivation, les douleurs abdominales, la diarrhée, les coliques et l'abattement.

Quelques règles de bon sens :

  • placez la rose de Noël d'intérieur hors de portée des jeunes enfants et des animaux ;
  • ne l'utilisez pas dans une décoration de table près des aliments ;
  • portez des gants pour la tailler ou la diviser.

Un enfant a mis en bouche une feuille ou une fleur d'hellébore ? Retirez les restes de la bouche, ne le faites pas vomir et appelez le Centre Antipoisons : 070 245 245, gratuit, jour et nuit. Gardez la plante ou une photo pour l'identifier. Pour un animal, appelez votre vétérinaire.

Attention à la confusion des noms. L'« hellébore blanc » des anciens n'est pas un hellébore : c'est le vératre blanc (Veratrum album), une grande plante des prairies de montagne d'une autre famille, très toxique lui aussi. Des intoxications graves surviennent quand on le confond avec la gentiane jaune, dont les racines servent à préparer des liqueurs, ou avec l'ail des ours, comme dans plusieurs cas publiés. Le Centre antipoison de Lyon a encore décrit en 2023 un cas grave dû à une boisson « maison » à la gentiane, préparée en réalité avec du vératre.

Une plante chargée d'histoire

Le nom d'espèce de la rose de Noël, niger (« noir »), surprend pour une fleur blanche : il désigne la couleur de ses racines. Le nom « hellébore » vient du grec ; on le rapproche souvent de mots signifiant « blesser » et « nourriture », une allusion à sa toxicité.

Dans l'Antiquité, l'« hellébore noir » servait de purgatif violent et passait pour soigner la folie. Le jardin des plantes médicinales du Royal College of Physicians de Londres rappelle que, selon Pline, le devin et médecin Mélampous l'aurait utilisé pour guérir des malades atteints de démence, d'où un autre nom ancien de la plante, melampodium. La médecine moderne a abandonné ces usages.

La légende, elle, est plus douce. Une tradition rapportée par les historiens des jardins raconte qu'une jeune bergère, Madelon, pleurait de n'avoir aucun cadeau à offrir à l'enfant de Bethléem ; à l'endroit où ses larmes tombèrent dans la neige, un ange fit fleurir une rose de Noël.

Avec quoi les associer

Au pied des arbres et des arbustes caducs, les hellébores se marient bien avec d'autres plantes d'ombre qui prennent le relais en été, comme les géraniums vivaces, les anémones du Japon ou les fougères. Au printemps, les perce-neige et les crocus fleurissent en même temps qu'eux. Et pour les autres tâches de saison, voyez décembre au jardin.

Quelle est la différence principale entre la rose de Noël et la rose de carême ?

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Réponse : La rose de Noël (Helleborus niger) fleurit plus tôt, en blanc ; la rose de carême (Helleborus × hybridus) fleurit plus tard, en couleurs variées, et se cultive plus facilement

Les deux sont des hellébores, de la famille des Renonculacées, et pas des roses. La RHS range la rose de carême parmi les hellébores faciles, la rose de Noël parmi ceux qui demandent plus de soins.

Quand couper les vieilles feuilles de la rose de carême (Helleborus × hybridus) ?

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Réponse : En hiver, avant que les boutons n'apparaissent

Couper les vieilles feuilles au ras du sol met les fleurs en valeur et limite les taches foliaires, qui passent des anciennes feuilles aux nouvelles.

Combien d'espèces d'hellébores sont indigènes en Belgique ?

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Réponse : Deux : l'hellébore fétide et l'hellébore vert

Helleborus foetidus et Helleborus viridis subsp. occidentalis sont indigènes. La rose de Noël vient des Alpes.

Que désigne le nom latin niger de la rose de Noël (Helleborus niger), dont les fleurs sont blanches ?

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Réponse : La couleur de ses racines

Niger signifie noir en latin : le nom fait référence aux racines sombres de la plante.

Sources

ASPCA. (s.d.). Hellebore. Animal Poison Control. https://www.aspca.org/pet-care/animal-poison-control/toxic-and-non-toxic-plants/hellebore

Czerwiec, A., Paret, N., Guitton, J., & Cohen, S. (2023). Intoxication par vératre : description d'un cas grave et identification des alcaloïdes contenus dans la plante. Toxicologie Analytique et Clinique. https://doi.org/10.1016/j.toxac.2023.07.001

Gardens Illustrated. (s.d.). Hellebores: what to know and which to grow. https://gardensillustrated.com/plants/hellebores-what-to-know-and-which-to-grow/

Gilotta, I., & Brvar, M. (2010). Accidental poisoning with Veratrum album mistaken for wild garlic (Allium ursinum). Clinical Toxicology, 48(9), 949-952. https://doi.org/10.3109/15563650.2010.533675

Jardin botanique de Meise. (s.d.). Les plantes toxiques [Brochure, avec le Centre Antipoisons]. https://plantentuinmeise.be/cms_files/File/PLANTES%20TOXIQUES_web__txtFR.pdf

Rice, G. (s.d.). Looking after hellebores: seasonal tips. Royal Horticultural Society. https://www.rhs.org.uk/plants/articles/graham-rice/perennials-and-bulbs/looking-after-hellebores

Royal College of Physicians. (s.d.). Helleborus niger L. The Garden of the Royal College of Physicians. https://garden.rcplondon.ac.uk/plant/Details/637

Royal Horticultural Society. (s.d.-a). Hellebore black death. https://www.rhs.org.uk/advice/profile?PID=167

Royal Horticultural Society. (s.d.-b). Hellebore leaf spot. https://www.rhs.org.uk/disease/hellebore-leaf-spot

Royal Horticultural Society. (s.d.-c). Helleborus niger. https://www.rhs.org.uk/plants/8575/helleborus-niger/details

Royal Horticultural Society. (s.d.-d). Helleborus 'Verboom Beauty'. https://www.rhs.org.uk/plants/271394/helleborus-verboom-beauty/details

Royal Horticultural Society. (s.d.-e). How to grow hellebores. https://www.rhs.org.uk/plants/hellebore/growing-guide

The Garden History. (2022, 24 décembre). Christmas roses. https://thegardenhistory.blog/2022/12/24/christmas-roses

Verloove, F. (s.d.). Helleborus. Manual of the Alien Plants of Belgium. Jardin botanique de Meise. https://alienplantsbelgium.myspecies.info/node/9288

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