Géranium de balcon (Pelargonium) : l'hiverner, le bouturer et le faire fleurir
Les jardinières rouges des façades belges, les suspensions qui débordent des balcons, les pots sur le rebord de fenêtre : tout le monde les appelle « géraniums ». Pourtant, presque aucun n'en est un. Ce sont des pélargoniums, des plantes venues d'Afrique australe dont les variétés de balcon ne supportent pas le gel. Et c'est maintenant, avant les premières gelées, qu'il faut décider de leur sort.
Géranium ou pélargonium : d'où vient la confusion ?
En 1753, Linné range toutes ces plantes dans un seul genre, Geranium. Le géranium zonal s'appelle alors Geranium zonale. En 1789, le botaniste français Charles Louis L'Héritier de Brutelle sépare les espèces d'Afrique australe dans un genre à part, Pelargonium. Les botanistes ont suivi ; le langage courant, jamais.
Les deux genres appartiennent à la même famille, les Géraniacées, et leurs noms racontent la même histoire : leurs fruits allongés évoquent un bec d'oiseau. Geranium vient du grec geranos, la grue ; Pelargonium de pelargos, la cigogne.
Pour les distinguer au jardin, regardez la fleur :
| Pélargonium (« géranium » de balcon) | Géranium vrai (géranium vivace) | |
|---|---|---|
| Fleur | Irrégulière : les deux pétales du haut diffèrent des trois du bas | Régulière : cinq pétales identiques, disposés en étoile |
| Origine | Surtout Afrique australe | Régions tempérées du monde entier, dont la Belgique |
| Hiver en Belgique | Gèle : à rentrer ou à bouturer | Rustique : reste au jardin |
| Usage | Pots, jardinières, suspensions | Massifs, couvre-sol, bords de haie |
Le pélargonium porte aussi, à l'arrière de la fleur, un petit tube nectarifère (l'hypanthe), absent chez le géranium vrai. Le genre compte près de 300 espèces selon le référentiel des Jardins de Kew, et la grande majorité vient d'Afrique australe, avec une concentration remarquable dans le sud-ouest de l'Afrique du Sud, autour du Cap.
Les vrais géraniums ont leur propre article : Géraniums vivaces.
Les grandes familles de pélargoniums
- Zonal : le classique des jardinières, port dressé, feuilles rondes souvent marquées d'une bande sombre en fer à cheval (d'où son nom). Il descend en bonne partie de Pelargonium zonale.
- Lierre (ou géranium-lierre) : tiges retombantes et feuilles luisantes rappelant celles du lierre, idéal en suspension et en balconnière.
- Royal (ou pélargonium des fleuristes) : grandes fleurs ruchées et tachées, floraison plus précoce mais plus courte ; il préfère une légère mi-ombre.
- Ange : proche du royal en plus compact et plus touffu.
- Odorant : fleurs modestes, mais feuilles très parfumées au toucher (rose, citron, menthe…). Le « géranium rosat » en fait partie.
Le faire fleurir tout l'été
- Plantation : dehors seulement après les dernières gelées, en pratique vers la mi-mai en Belgique, après quelques jours d'acclimatation.
- Exposition : plein soleil pour la plupart ; le zonal tolère un peu d'ombre, le royal préfère la mi-ombre.
- Substrat : un terreau qui draine bien. Le pélargonium craint bien plus l'excès d'eau que la sécheresse.
- Arrosage : modéré, en laissant sécher la surface entre deux apports. Une soucoupe pleine d'eau en permanence fait pourrir les racines.
- Engrais : un engrais équilibré toutes les deux semaines au printemps, puis un engrais riche en potassium (type engrais tomates) toutes les deux semaines pendant la floraison.
- Fleurs fanées : retirez-les régulièrement, avec leur tige, pour relancer la floraison.
L'hiverner : trois méthodes
En automne, rentrez les plantes avant la première gelée. Trois façons de faire, de la plus sûre à la plus risquée :
1. Garder les plantes en pot, à l'abri
C'est la méthode la plus fiable. Placez les pots dans un endroit lumineux, aéré et hors gel : véranda, serre froide, pièce peu chauffée devant une fenêtre. Vers 7 à 10 °C, certaines variétés continuent même à fleurir doucement. Faute de place, rabattez les tiges à une dizaine de centimètres.
En hiver, arrosez très peu : juste assez pour que la motte ne se dessèche pas complètement. Supprimez les feuilles qui jaunissent ou moisissent. À la fin de l'hiver, reprenez les arrosages, pincez les tiges pour ramifier la plante et rempotez au printemps.
2. Bouturer et ne garder que les jeunes plants
Des boutures prises en fin d'été ou au début de l'automne prennent beaucoup moins de place que les vieux pieds, et donnent des plantes plus vigoureuses l'année suivante (voir ci-dessous). Elles passent l'hiver sur un rebord de fenêtre lumineux, avec peu d'eau.
3. Conserver les plantes à racines nues
La méthode de nos grands-parents, et la moins fiable : déterrez les plantes avant le gel, secouez la terre, laissez-les sécher, puis emballez-les dans du papier journal ou suspendez-les tête en bas dans un local frais et hors gel. Au printemps, trempez les racines, rempotez et rabattez les tiges à une dizaine de centimètres. Une partie des plantes ne repart pas : gardez cette méthode pour les variétés auxquelles vous tenez peu.
Les fuchsias et les dahlias demandent eux aussi d'être mis à l'abri en ce moment : voir nos guides du fuchsia et du dahlia, ainsi que notre article Hivernage des plantes du jardin.
Bouturer ses pélargoniums
C'est l'une des boutures les plus faciles du jardin, et la meilleure façon de garder une variété préférée.
- Quand : de la fin de l'été au début de l'automne, tant que la plante pousse encore. Le printemps convient aussi.
- Prélever une extrémité de tige jeune, non fleurie, longue de trois à six nœuds, en coupant net juste sous un nœud (là où part une feuille).
- Préparer : retirez les feuilles de la moitié inférieure et les éventuels boutons floraux. Laissez la coupe sécher quelques heures, pour limiter la pourriture.
- Planter dans un mélange léger et drainant (terreau et sable ou perlite), à peine humide. L'hormone de bouturage est facultative.
- Placer au chaud et à la lumière, sans soleil direct. Une cloche ou un sachet garde l'humidité, mais les tiges charnues du pélargonium pourrissent facilement à l'étouffée : si vous couvrez, aérez chaque jour.
- Attendre : les racines apparaissent en général en trois à quatre semaines. Rempotez ensuite chaque bouture dans un petit pot.
Ravageurs et maladies
- Rouille : pustules brunes sous les feuilles. Retirez les feuilles atteintes et aérez les plantes.
- Pourriture grise (botrytis) : moisissure grise sur fleurs et feuilles, surtout en hiver dans un local humide et peu aéré.
- Aleurodes (mouches blanches) : petits insectes blancs qui s'envolent quand on touche la plante, fréquents à l'intérieur.
- Pucerons et thrips : ils affaiblissent la plante et peuvent transmettre des virus.
- Otiorhynque : ses larves dévorent les racines en pot ; une plante qui flétrit sans raison apparente mérite qu'on vérifie la motte.
Le géranium « anti-moustiques » : une idée reçue
Un pélargonium à odeur de citronnelle est souvent vendu comme répulsif à moustiques. Une étude de terrain publiée en 1996 dans le Journal of the American Mosquito Control Association l'a testé : il n'offrait aucune protection, et les moustiques se posaient même régulièrement sur la plante. Il sent bon quand on froisse ses feuilles ; il ne protège pas d'une piqûre.
Testez-vous
Sources
- Fibrex Nurseries. (s.d.). A step-by-step guide to taking pelargonium cuttings. Fibrex. https://fibrex.co.uk/blogs/news/a-step-by-step-guide-to-taking-pelargonium-cuttings
- Hughes, K. (2009). Cultivation of the genus Pelargonium under glass. Sibbaldia: The Journal of Botanic Garden Horticulture, (7). https://journals.rbge.org.uk/rbgesib/article/download/163/151
- International Plant Names Index. (s.d.). Pelargonium zonale (L.) L'Hér. IPNI. https://www.ipni.org/n/377229-1
- Lawrence, E. (2002). Pelargonium graveolens. PlantZAfrica, SANBI. https://pza.sanbi.org/node/10722
- Matsuda, B. M., Surgeoner, G. A., Heal, J. D., Tucker, A. O., & Maciarello, M. J. (1996). Essential oil analysis and field evaluation of the citrosa plant Pelargonium citrosum as a repellent against populations of Aedes mosquitoes. Journal of the American Mosquito Control Association, 12(1), 69–74.
- Plants of the World Online. (s.d.). Pelargonium L'Hér. ex Aiton. Royal Botanic Gardens, Kew. https://powo.science.kew.org/taxon/30302759-2
- Royal Horticultural Society. (s.d.). How to grow pelargoniums. RHS. https://www.rhs.org.uk/plants/pelargonium/growing-guide